Le titre de séjour de votre salarié étranger arrive prochainement à expiration.
À première vue, la suite semble simple : le collaborateur dépose sa demande de renouvellement et transmet ensuite son nouveau titre à l’entreprise.
En pratique, suivre uniquement la date d’expiration du titre ne suffit pas.
Entre la délivrance du titre et son renouvellement, la situation professionnelle du salarié peut avoir évolué. Les conditions applicables au titre peuvent également avoir changé. La prochaine démarche ne sera donc pas nécessairement identique à la précédente.
Même lorsque la demande de titre de séjour relève du salarié, plusieurs vérifications permettent aux RH d’anticiper les conséquences éventuelles pour l’entreprise.
Quel titre et quels droits le salarié détient-il actuellement ?
Le premier point consiste à identifier précisément le titre détenu par le collaborateur.
Tous les titres de séjour ne répondent pas aux mêmes conditions et ne confèrent pas les mêmes droits.
Il convient notamment de vérifier :
- la catégorie exacte du titre ;
- sa date d’expiration ;
- les droits au travail qui lui sont attachés ;
- l’existence d’une autorisation de travail distincte lorsqu’elle est nécessaire.
Cette première vérification permet de connaître la situation actuelle du salarié.
Mais le titre qu’il détient aujourd’hui ne permet pas, à lui seul, de déterminer la prochaine démarche à entreprendre.
Sa situation permet-elle réellement de renouveler le même titre ?
Entre la délivrance du titre et son expiration, plusieurs mois ou plusieurs années peuvent s’être écoulés.
Pendant cette période, la situation professionnelle du collaborateur peut avoir évolué :
- passage d’un CDD à un CDI ;
- changement de poste ou de fonctions ;
- évolution de la rémunération ;
- changement de lieu de travail ;
- mobilité au sein du groupe ;
- changement d’employeur.
Ces évolutions n’entraînent pas systématiquement une nouvelle procédure.
Elles doivent néanmoins être prises en compte afin de déterminer si la situation actuelle du salarié reste compatible avec le titre détenu et avec les conditions applicables à son renouvellement.
Il convient donc de vérifier :
- si les conditions attachées au titre sont toujours remplies ;
- si la situation professionnelle du salarié a évolué ;
- si les conditions réglementaires applicables au titre ont changé depuis sa délivrance ;
- et, finalement, si la prochaine démarche correspond réellement à un renouvellement du même titre.
Dans certaines situations, une autre catégorie de titre de séjour peut devoir être envisagée.
Une autorisation de travail peut également être nécessaire selon le titre sollicité et la situation professionnelle du collaborateur.
L’objectif n’est donc pas de reproduire automatiquement la procédure précédente, mais de déterminer quelle procédure correspond à la situation du salarié au moment où sa nouvelle demande doit être engagée.
Une première carte de séjour pluriannuelle sera-t-elle demandée ?
Cette vérification est particulièrement importante depuis le 1er janvier 2026.
Dans certaines situations, l’échéance d’une carte de séjour temporaire conduit le salarié à solliciter une première carte de séjour pluriannuelle.
Pour les ressortissants concernés, cette première demande est désormais soumise à de nouvelles conditions.
Le salarié doit notamment pouvoir justifier :
- d’un niveau de français A2 ;
- de la réussite à l’examen civique ;
- et du respect des obligations liées au Contrat d’intégration républicaine (CIR), lorsqu’il y est soumis.
Ces exigences ne concernent ni toutes les cartes de séjour pluriannuelles ni tous les ressortissants étrangers. Elles doivent donc être vérifiées en fonction de la situation du collaborateur et du titre qu’il sollicitera.
Pour les RH, l’enjeu est avant tout l’anticipation.
Certes, il appartient au salarié de préparer et de passer l’examen civique ainsi que d’obtenir le justificatif de son niveau de français.
Mais ces conditions doivent être satisfaites dans le cadre de sa demande de première carte de séjour pluriannuelle. L’examen civique doit notamment être réussi avant le dépôt de la demande.
L’entreprise a donc intérêt à vérifier suffisamment tôt que le collaborateur concerné a identifié ces exigences et entrepris les démarches nécessaires pour disposer des justificatifs requis au moment du dépôt.
Car une difficulté rencontrée lors du renouvellement peut avoir une conséquence très concrète pour l’employeur : la continuité du droit au travail du salarié.
→ À lire : Titre de séjour pluriannuel : deux nouvelles exigences depuis le 1er janvier 2026
L’entreprise devra-t-elle intervenir dans la procédure ?
Le fait que la demande de titre de séjour soit déposée par le salarié ne signifie pas nécessairement que l’entreprise n’aura aucune démarche à effectuer.
Selon le titre sollicité et la situation du collaborateur, l’employeur peut notamment devoir :
- fournir certains documents relatifs à l’emploi ou au contrat de travail ;
- effectuer une démarche liée à l’autorisation de travail lorsque celle-ci est nécessaire ;
- transmettre au salarié les justificatifs requis pour compléter son dossier.
Les RH ont donc intérêt à identifier suffisamment tôt si l’entreprise devra intervenir et à quel moment.
L’objectif est d’éviter de découvrir, à quelques jours du dépôt ou de l’expiration du titre, qu’une démarche ou un document côté employeur est nécessaire.
Le salarié pourra-t-il continuer à travailler pendant l’instruction ?
C’est l’un des points les plus importants pour l’entreprise.
Le simple dépôt d’une demande de renouvellement ne permet pas, à lui seul, de continuer à travailler après l’expiration du titre de séjour.
Il faut vérifier la nature du document détenu par le salarié pendant l’instruction et les droits qui lui sont attachés.
L’attestation de dépôt
Délivrée après le dépôt d’une demande en ligne, elle permet de prouver que la demande a bien été enregistrée.
Mais elle n’est pas un document provisoire de séjour et n’autorise pas, à elle seule, à travailler.
Il ne faut donc pas confondre preuve du dépôt d’une demande et maintien du droit au travail.
L’attestation de prolongation d’instruction (API)
Elle peut être délivrée lorsque l’instruction se poursuit au-delà de la date d’expiration du titre.
Dans le cadre du renouvellement d’un titre autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle, elle permet de justifier la régularité du séjour et la poursuite de cette activité pendant sa période de validité.
L’attestation de décision favorable (ADF)
Elle est délivrée lorsque la demande a été acceptée mais que la nouvelle carte de séjour n’est pas encore disponible.
Elle permet de justifier de la régularité du séjour et des droits attachés au titre dans l’attente de la remise de la nouvelle carte.
Le récépissé de renouvellement
Lorsqu’un récépissé est délivré dans le cadre du renouvellement d’un titre autorisant à travailler, il permet également de maintenir le droit au travail pendant sa période de validité.
À retenir : une preuve de dépôt n’est pas nécessairement un document permettant de continuer à travailler.
Lorsque le titre d’un salarié expire pendant l’instruction de sa demande, l’entreprise doit vérifier la nature du document provisoire détenu et les droits au travail qui lui sont attachés.
Cette vérification est essentielle pour les RH : l’employeur doit pouvoir s’assurer de la continuité du droit au travail du collaborateur pendant toute la procédure.
Le renouvellement ne se résume donc pas à une date d’expiration
Suivre les dates d’expiration des titres de séjour est indispensable.
Mais une gestion RH efficace ne consiste pas uniquement à programmer une alerte quelques mois avant l’échéance.
Il faut également anticiper :
- la situation professionnelle actuelle du collaborateur ;
- le titre qu’il pourra solliciter ;
- les conditions qu’il devra remplir ;
- les éventuelles démarches à effectuer par l’entreprise ;
- et la continuité de son droit au travail pendant l’instruction.
L’objectif : éviter qu’une démarche individuelle du collaborateur ne devienne, à l’approche de l’échéance, une problématique RH pour l’entreprise.
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